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Articulu di u numaru 1, ferraghju di u 2007


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S’affranchir de la dépendance économique



Etre dépendant économiquement, c’est ne pas pouvoir vivre et se réaliser sans l’assistance généralement intéressée d’une puissance plus riche. Or, telle est notre situation, d’autant plus malsaine qu’elle engendre, chez de nombreux corses, des frustrations qui croissent dans la mesure où la sujétion augmente. Il convient donc d’échapper à ce destin.


Un mal qui s’étend

Multiples sont les signes de dépendance économique. Elle apparaît tout d’abord lorsqu’on considère les échanges de produits et de capitaux de la Corse avec l’extérieur.

Dans ses rapports avec le reste du monde, on constate, en effet, que la Corse importe beaucoup de produits mais en exporte très peu. Le commerce extérieur de la Corse, c’est-à-dire le flux des biens qui entrent et qui sortent de l’Ile est difficile à saisir, car nous ne disposons pas de statistiques et de comptabilité régionale qui permettent de connaître de manière synthétique et régulière l’importance des échanges avec la France (entrées et sorties) et avec l’étranger (importations et exportations).

La balance commerciale, lorsqu’ on parvient à la calculer, à savoir le montant des importations venant de France et du reste du monde diminuées des exportations, affiche un solde amplement déficitaire, qui du reste ne cesse de se dégrader sur le long terme, en dépit d’une légère amélioration récente. Un exemple : en 1982, les importations s’établissaient à 176 millions de francs ; elles atteignaient 436 millions de francs en 1992, soit une progression de près de 250% en dix ans. Nous importons l’essentiel de notre consommation : non seulement des produits pétroliers et des biens industriels, mais encore des denrées alimentaires. En revanche, les importations, composées pour l’essentiel de vin, d’agrumes et de bois, ne représentent qu’environ 15% de la masse des importations.

La dépendance prend naissance au sein de l’appareil productif de l’Ile. Nos 22000 très petites entreprises (TPE) évoluent sur un marché local chétif, qui ne leur permet pas de baisser leur coûts de revient, de vendre davantage et de rivaliser ainsi avec les firmes étrangères. Incapables d’exercer une concurrence par les prix, elles renoncent à la production de masse et se fixent, pour la plupart d’entre elles, sur des créneaux situés à la frontière entre l’artisanat et la production de services à faible valeur ajoutée, où l’on retrouve pêle-mêle des bars ou des petits commerces. D’ailleurs, les entreprises, parce que le marché reste étroit, pratiquent la polyactivité. D’où une faible spécialisation. On vend tout ce que l’on peut, à qui l’on peut, toujours en petite quantité. Nos entreprises sont, dès lors, exclues des marchés extérieurs des produits standards où la concurrence s’exerce soit par les prix, soit par l’innovation.

Enfin, lorsqu’on considère la structure de l’économie corse, on est frappé par le poids relatif que représente le secteur public composé par les administrations de l’Etat et les collectivités locales. Près d’un tiers de la population active s’y trouve employé ; près de 30% de la production de richesse en dépend, contre 17% pour la moyenne française.

Dernier trait relatif aux singularités économiques corses, on constate que l’industrie (8% du PIB) pèse moins lourd que le tourisme (9% du même PIB), dans le processus de création de richesse.

Alors, tentons d’expliquer ces particularités.


Les racines de la dépendance

Le mécanisme économique insulaire est commandé par la demande finale et non pas par une offre originale et compétitives provenant de nos entreprises. Dès lors, toutes les dépenses effectuées par la population corse ou par les touristes, profite certes quelque peu aux commerçants locaux , mais grossit surtout le chiffre d’affaires des entreprises produisant les biens acquis par ces consommateurs, qu’il s’agisse d’un 4X4 Toyota ou d’un pack de yaourts Danone.

Or, ces firmes ne sont pas installées en Corse, si bien que les TPE insulaires ne tirent guère avantage des effets bénéfiques résultant d’une augmentation de la consommation.

Certaines entreprises locales risquent même d’être évacuées et de disparaître, telles ces boutiques de vêtements d’Aiacciu ou de Bastia désertées, au moment des soldes, parce que les consommateurs préfèrent effectuer leurs achats à Marseille ou à Nice.

Comment sortir de ce cercle vicieux ?


Des remèdes

Echapper aux effets néfastes de cette pauvre économie suppose que le secteur privé productif se fortifie et devienne le moteur du développement. Pour cela, dans le système capitaliste globalisé qui, pour notre bien ou notre mal, s’est imposé, il est nécessaire qu’un certain nombre de firmes locales entrent dans le mouvement de mondialisation, où pour être à la hauteur, il convient d’acquérir des avantages comparatifs forts.

« C’est impossible ; notre tissu économique n’est composé que de petites entreprises », m’opposera-t-on ? Certes, mais celles-ci ne sont pas dépourvues d’atouts. La petitesse ne constitue pas toujours un handicap dirimant. Certaines d’entre elles peuvent croître et devenir de moyennes entreprises, qui emploient plusieurs centaines de personnes et visent de vastes marchés, où elles s’efforcent d’occuper une niche fructueuse. Pareille stratégie suppose que les pouvoirs politiques aient une politique économique bien affirmée et soutiennent la croissance d’un nombre bien ciblé de petites firmes, celles qui présentent un taux de croissance supérieur à la moyenne de la branche.

On constate, en effet, partout dans le monde, que dans un secteur d’activité donné, celui de la haute technologie par exemple, quelques firmes passent aisément d’une classe de taille à l’autre. En outre, il convient bien évidemment de soutenir la création et l’innovation chaque fois que de vives qualités entrepreneuriales se manifestent.

En résumé, pour une île comme la Corse, sortir de la dépendance économique ne paraît pas chimérique. Il faut le vouloir. Un exemple? L’île d’Islande, à la limite des glaces polaires regroupe une population de 300 000 habitants. Ils sont indépendants depuis soixante ans et le revenu par habitant est devenu l’un des premiers du monde. Alors pourquoi ne suivrions-nous pas le même sentier de développement ?


Ghjacumu Orsoni
Professeur émérite à l’Université de Corse